Arts,  Historique

Paul Cézanne trompé par son ami Emile Zola

Portrait du peintre francais Paul Cezanne (1839-1906) en 1904 dans la region d'Aix en Provence lors d'une promenade --- Portrait of the French painter Paul Cezanne (1839-1906) in 1904 in Aix-en-Provence area for a walk
Paul Cézanne et Emile Zola  en 1904 dans la région d’Aix en Provence

En avril 1886, le peintre découvre avec stupeur « l’Œuvre », le nouveau roman de son ami d’enfance: le portrait d’un artiste raté, dans lequel il se reconnaît.

 

Emile ne l’a pas oublié. Emile ne l’oublie jamais. Emile, c’est un ami, c’est un frère. Il est aussi un écrivain. Alors il ne manque jamais de lui adresser ses romans. Le 3 avril 1886, Paul Cézanne reçoit donc à son domicile d’Aixen- Provence le 14e volume des « Rougon- Macquart », publié par Charpentier et Cie. Plus qu’un signe, c’est une faveur puisqu’il reçoit l’ouvrage au moment même de sa sortie en librairies. Le titre et le nom de l’auteur se détachent en lettres noires sur fond jaune : « l’OEuvre », par Emile Zola. L’épaisseur du volume (491 pages) n’est pas pour décourager Cézanne. Il aime lire : Virgile, Homère, Hugo, Baudelaire, Stendhal comptent parmi les auteurs de sa bibliothèque. Que pense-t-il des récits de Zola ?

Difficile à dire. L’année précédente, il a remercié l’écrivain pour l’envoi d’un livre, sans doute « Germinal ». Cette fresque de la colère ouvrière ne lui a visiblement pas retourné les sens. Il écrit :« Mon cher Emile, J’ai reçu le volume que tu as bien voulu m’adresser il y a une dizaine de jours. Des douleurs névralgiques assez fortes, qui ne me laissaient de lucidité que par moments, m’ont fait oublier de te remercier. »

Zola écrit :« Tout petits, dès leur sixième, les trois inséparables s’étaientpris de la passion des longues promenades[…].Et c’était une rage de barboter au fond des trous, où l’eau s’amassait, de passer là des journées entières, tout nus, à se sécher sur le sable brûlant. » Plus loin, ce sont les parties de chasse qui les rassemblent :« Déjà, Claude, entre sa poire à poudre et sa boîte à capsules, emportait un album où il crayonnait des bouts d’horizon; tandis que Sandoz avait toujours dans la poche le livre d’un poète. » Puis ce sont les années parisiennes qui voient les« trois inséparables […]se retrouver à Paris, pour le conquérir. »

Comment Cézanne pourrait-il demeurer indifférent ? Cette enfance où tous les rêves semblent possibles est bien celle qu’ils ont vécue. Ah Zola, ce frère qui l’a toujours encouragé ! N’est-ce pas lui qui l’a incité en 1861 à le rejoindre à Paris ? Une lettre en témoigne, bourrée de conseils : sachant son ami impécunieux (le père de Cézanne refuse de trop délier les cordons de sa bourse), il lui établit son budget, prévoyant le prix d’un déjeuner (18 sous), d’un dîner (22 sous), d’un loyer (20 francs par mois pour une chambre), le prix des fournitures (10 francs pour les toiles, pinceaux, couleurs). Il va même jusqu’à lui suggérer son emploi du temps :« De six à onze tu iras dans un atelier peindre d’après le modèle vivant; tu déjeuneras, puis, de midi à quatre, tu copieras soit au Louvre soit au Luxembourg, le chef-d’oeuvre qui te plaira; ce qui te fera neuf heures de travail. » Zola est une vraie maman pour son ami Cézanne.

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« Château de Medan peint par Paul Cézanne. Emile Zola avait une propriété à Medan. »

Ce qui est certain en tout cas, c’est que le roman va agacer d’autres peintres. Dans une lettre à son fils Lucien, Camille Pissarro écrit :« Les jeunes tombent joliment sur “l’OEuvre” de Zola. Il paraît que c’est absolument mauvais. » Monet, lui, s’adresse directement au romancier :« J’ai peur que dans la presse et le public nos ennemis ne prononcent le nom de Manet ou tout au moins le nôtre pour en faire des ratés, ce qui n’est pas dans votre esprit. Je ne veux pas le croire. » Curieusement, à l’époque, personne ne songe que Zola a pu prendre pour modèle son ami Cézanne. C’est seulement lorsque celui-ci accédera à une certaine notoriété, après sa première exposition parisienne chez Vollard en 1895, que le critique d’art Arsène Alexandre publie dans « le Figaro » un article carrément intitulé « Claude Lantier » dans lequel il écrit notamment :« On va soudain découvrir que l’ami de Zola, le mystérieux Provençal, le peintre à la fois incomplet et inventif, malin et farouche, est un grand homme. »

(source l’Obs : BernardGéniès)

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